Le Bal Blomet est un cabaret historique du Montparnasse des Années folles. Fondé en 1924, c’est le plus ancien club de jazz d’Europe encore en activité. Il accueille des concerts de jazz et de classique, des spectacles musicaux et des conférences culturelles.
Conférence La Contrebasse dans le Jazz (9 novembre)
Dans le cadre de la deuxième saison Internationale de Jazz de Pau, le service culturel de la Ville de Pau en partenariat avec la Médiathèque André Labarrère propose des conférences en lien avec la programmation. A l’occasion du concert donné par le trio du contrebassiste Avishai Cohen le vendredi 10 novembre (premier concert de la saison jazz 2023/2024) aura lieu une vidéo-conférence intitulée :
Beaucoup de musicologues et historiens du jazz qualifient Edward Kennedy (dit « Duke ») Ellington de génie. Son œuvre immense a résisté au temps et aux modes. Il est aujourd’hui encore source d’inspiration, pour d’innombrables jazzmen.
Ses parents font partie de la bourgeoisie noire de Washington. Sa mère, très distinguée, lui inculque les bonnes manières et son père lui apprend l’importance d’avoir confiance en soi. Un de ses camarades impressionné par sa distinction « naturelle » le surnomme Duke… Surnom qu’il portera avec grâce et dignité tout au long de sa vie. Adolescent, il est attiré par les arts plastiques, ce qui pourrait expliquer sans doute une approche de coloriste en tant que futur instrumentiste et compositeur. A 16 ans il sent naître en lui une vocation de musicien. Il débute pendant quelques années comme modeste pianiste de ragtime dans un bar de Washington. Dès 1920 il s’installe à New-York, attiré par le succès du jazz « swing », très populaire dans les clubs New-yorkais. En 1925 il crée un grand orchestre. Et, jusqu’à la fin de sa vie ses « big bands » vont triompher dans le monde entier.
Un big band ellingtonien c’est: une section rythmique avec Duke au piano bien sûr, contrebasse, batterie, 5 ou 6 saxophonistes, 3 ou 4 trombonistes et 4 ou 5 trompettistes… Soit entre 15 et 17 musiciens sur scène: spectaculaire et impressionnant! Dans le Duke Ellington Orchestra vont jouer quelques-uns des plus brillants solistes de l’histoire du jazz. Remarquable : la plupart d’entre eux lui sont restés fidèles pendant de très longues périodes. Un des aspects essentiels de son génie c’est qu’il a su choisir parfaitement ses musiciens. Il s’est entouré des instrumentistes les plus qualifiés pour donner pleine vie à ses arrangements et les prolonger par leurs superbes improvisations. Les partitions de Duke tiennent compte du tempérament des interprètes tout autant que de leurs qualités musicales. Pour obtenir d’eux le maximum, il joue en virtuose de la relation affective qui existe entre lui et chacun de ses musiciens. Sans eux, sa musique n’aurait pu atteindre des sommets aussi élevés. De leurs côtés, ses musiciens avaient besoin de Duke pour faire éclore tous leurs dons. Preuve en est que, loin du maître, même les plus doués d’entre eux se sont parfois montrés moins convaincants.
Auteur de thèmes et arrangeur, le Duke fait preuve d’une fertilité et d’une inventivité étonnantes. Non seulement il enrichit le jazz de quelques-unes de ses plus belles mélodies, mais il obtient avec certains de ses airs un succès populaire considérable.
Il a créé, à la fin des années vingt, le style jungle, fondé sur l’opposition entre l’hyper-expressionnisme des cuivres (sonorités brûlantes, rageuses, rauques, obtenues à l’aide de la fameuse sourdine « wa-wa ») et la flexible rondeur des saxophones.
De 1927 à 1931 son orchestre est la vedette du mythique « Cotton Club » de Harlem. L’exotisme du style jungle ravit le public blanc (et riche…) qui emplit chaque soir le prestigieux et luxueux cabaret. Mais… les musiciens noirs n’ont pas le droit d’aller dans la salle à la rencontre du public ! Ils sont cantonnés aux coulisses. Ségrégationnisme brutal oblige…
Duke a composé (et co-composé) des centaines de thèmes. Un des plus populaires est certainement Caravan. Mais le titre de l’un d’eux résume bien sa vision du jazz : « Cela ne signifie rien s’il n’y pas le swing » ! Un manifeste…
Lorsque à la fin des années 40 le jazz moderne (le be-bop) nait, il fait savoir que, pour lui, ce style est riche et tout à fait dans la continuité logique de l’évolution du jazz « classique ». Il se refuse à participer aux querelles qui font florès à l’époque sur le « vrai et le faux jazz ». Pour lui « Il n’y a que deux sortes de musique, la bonne et la mauvaise ». A 64 ans, il enregistre au piano avec des géants du jazz (très) moderne : comme Charles Mingus ou John Coltrane. Une preuve de plus de son étonnante ouverture d’esprit. Il a donné beaucoup de concerts et enregistré de nombreux disques avec Ella Fitzgerald. Tous remarquables. Il a su parfaitement accompagner et stimuler Ella quand elle se lançait dans de vertigineuses improvisations en scat (imitation vocale d’instruments avec des onomatopées).
Ses mémoires « La musique est ma maitresse » sont passionnantes. Mais… la musique ne fut pas la seule maîtresse de ce grand et élégant séducteur !
Premier jazzman reçu à la maison Blanche. Décoré de la Légion d’Honneur en France.
En 1974 plus de 12 000 personnes ont assisté à ses funérailles.
Duke a traversé toute l’histoire du jazz, du ragtime à l’avant-garde.
Sidney Bechet fut en France dans les années 50 et jusqu’à sa mort, une vedette ultra-populaire. Mais sa carrière, brillante… et mouvementée, avant son installation dans notre pays à partir de 1951, est peu connue du grand public. Elle mérite d’être rappelée car étonnante et prolifique.
Né à la Nouvelle-Orléans dans une famille créole, il se révèle surdoué à la clarinette dès son plus jeune âge. A 17 ans il participe déjà à moult concerts aux USA. A partir de 1919 et pendant plusieurs années il joue à Londres dans différentes formules orchestrales. Le suisse Ernest Ansermet, prestigieux chef d’orchestre symphonique, présent à un de ses concerts londoniens, écrit : « S. Bechet est un extraordinaire virtuose de la clarinette, un artiste de génie. Il ne veut rien dire de sa musique sauf qu’il suit sa propre voie… et c’est peut-être la route sur laquelle le monde entier swinguera dans l’ avenir ». Belle prémonition, car le jazz n’est alors pas encore né ! En 1921 suite à une bagarre dans un pub il est expulsé d’Angleterre. Première manifestation de son tempérament emporté… De retour aux USA, il a la « bougeotte », et reprend concerts et tournées. Il abandonne la clarinette après avoir acheté un saxo soprano… Ce saxophone est en métal, la clarinette est en bois. Ce qui le séduit dans le soprano c’est qu’il a un son puissant, ce qui n’est pas le cas de la clarinette. Le soprano lui permet de faire (presque) jeu égal avec la trompette qui est l’instrument roi des débuts du jazz. Cela convient bien à son immense égo. Il enregistre en 1924 avec Louis Armstrong : deux stars du jazz naissant déjà réunies ! En 1925 la Revue Nègre, avec Josephine Baker triomphe à Paris. Il fait partie de l’orchestre qui l’accompagne. Après avoir quitté la Revue il joue en Europe et dans des clubs parisiens. En 1928 à la suite d’une rixe, avec coups de feu, dans un cabaret proche de Pigalle, il est condamné à 18 mois de prison puis expulsé. La crise de 1929 et ses conséquences désastreuses pour les musiciens l’amène à ouvrir à New-York un pressing et une échoppe de tailleur ! La « vie en zigzag » encore… Mais avant la seconde guerre mondiale il connait à nouveau une période très créative. Il dirige des petites formations, qui tournent beaucoup et enregistre de nombreux chefs d’oeuvres pour des labels prestigieux. Etonnant : en 1941 il enregistre, seul, le thème « The sheik of Araby » en multi-pistes. Sur ce morceau c’est donc lui qui joue de tous les instruments en superposant les prises de son ! Assez incroyable pour l’époque et vraiment innovant.
En 1949 il est invité au 1er Festival International de Jazz de Paris par Charles Delaunay. Delaunay est le fils de Sonia et Robert Delaunay, les deux célèbres peintres. Mais il est aussi impresario de Django Reinhardt, responsable de la revue Jazz Hot et futur fondateur des mythiques disques Vogue… Un grand monsieur dans le monde du jazz d’après guerre. Grâce à ses relations, Delaunay obtient des autorités judiciaires l’autorisation pour S.Bechet (qu’il considère comme un géant du jazz) de revenir en France. Le jazz nouvelle-orléans connait un succès considérable en France depuis la libération dans les « fameuses » caves de Saint Germain des Près (et au delà). Bechet, qui pratique ce style au plus haut niveau de créativité, triomphe lors de ce festival de 1949. Il décide alors au début des années 50 de s’installer en France. Enfin « apaisé »… Il s’entoure d’excellents musiciens français de jazz traditionnel comme, entre autres, le clarinettiste Claude Luter. Et jusqu’à sa mort, en 1959, ses très nombreux concerts font le plein dans tout l’hexagone, mais aussi en Europe.
Sa popularité est immense. En 1955 ses admirateurs cassent les fauteuils de l’Olympia… Bien avant l’arrivée des rockers ! Il compose et enregistre des tubes : « Dans les rues d’Antibes », « Les Oignons » et bien sûr « Petite fleur ». Combien de nos lecteurs d’un certain âge, comme on dit, ont dansé et flirté sur « Petite Fleur », tube incontournable dans les boums des années 50? Certainement beaucoup ! Des jazzfans pointus firent les grincheux : « le vibrato exagéré de ses solos », était, pour eux, d’un « sentimentalisme trop mielleux ». Les amoureux de Bechet se moquaient de telles prises de position péremptoires… Les ventes de disques atteignent des sommets… Le festival d’Antibes Juan les Pins fut crée en 1960 en son honneur… Décédé il ne put y jouer. Son buste est installé dans la belle pinède de la ville.